INTERVIEW DU NOUVEAU PRESIDENT DU CGDPC A LA RADIO SOLEIL FM

Le nouveau Président du CGDPC, Monsieur DJIBO Nouhou, a accordé un interview à Soleil fm. Il a abordé l’actualité socio-politique. Voici le contenu de l’entretien :

Monsieur le président, bonjour.

  • Vous avez été porté à la tête du CGDPC à l’issue de l’Assemblée Générale du 03 février dernier. Dites-nous, qu’est-ce qui a joué en faveur de votre candidature ?

Je pense qu’avant tout, il s’agissait du niveau d’engagement et de disponibilité que je témoigne vis-à-vis du centre. L’évaluation  faite par l’assemblée générale leur a permis de déceler en ma personne le nouveau leader qui leur permettra d’atteindre nos objectifs jusqu’à l’horizon 2021. La preuve, c’est que je n’ai pas eu de concurrent et ma candidature a fait l’unanimité de l’assemblée générale. 

  • Vous êtes élu pour un mandat de quatre ans et, si possible, un second. Quels sont les principaux chantiers auxquels votre bureau va s’attaquer tout au long de ce mandat ?

 

Les questions de paix, de bonne gouvernance, de démocratie et la promotion et la défense des droits de l’homme sont les chantiers sur lesquels travaille le CGDPC depuis sa création en 2013, ce mandat s’inscrira dans la continuité du travail déjà abattu par mon prédécesseur Madi DJABAKATE et aussi dans la poursuite de la vision à long terme du centre qui n’est autre que la consolidation de la démocratie.

Parlant des activités à mener durant ce mandat, d’abord, il s’agira de la poursuite du programme de formation des acteurs politiques dénommés Programme Jeunes Politiques PJP, qui sera à sa troisième édition cette année (ce programme permet de renforcer les capacités des jeunes acteurs politiques togolais sur des concepts démocratiques, de bonne gouvernance afin de mener des réflexions et actions objectives, avec un accent pointu sur l’intérêt général.

Ensuite, dans le cadre du programme Café du Dialogue Démocratique  CDD, il sera organisé une série de conférences débats publics dans au moins quatre localités à l’intérieur du pays avec des acteurs de la société civiles, les autorités civiles et militaires sur plusieurs thématiques.

Par ailleurs, 2018 étant une année électorale, sous réserve des conclusions du dialogue politique en cours, le centre projette la création des projets électoraux pour les élections locales et législatives pour soutenir les candidatures des jeunes et des femmes, former les acteurs sur le cadre juridique du processus électoral au Togo et participer aux opérations d’observation électorale.

Enfin, le centre compte réactiver son projet de volontariat, initié en 2016 afin d’offrir des stages aux étudiants en vue de leur permettre d’avoir une expérience professionnelle en matière d’élaboration, suivi et évaluation de projets.

  • Monsieur le président, beaucoup vont sûrement découvrir le Centre de Gouvernance Démocratique et de Prévention des Crises et se demanderont ce que c’est. Présentez-nous ce centre dont vous avez la charge de direction.

Le Centre pour la Gouvernance démocratique et la prévention des crises est une association créée en 2013, sur une initiative privée, dans une démarche indépendante et ayant une dimension communautaire et régionale reconnue d’utilité publique. Notre but est de faire la promotion et la défense de la Paix par le biais de la bonne gouvernance. Nous sommes organisés autour de quatre pôles d’activités à savoir la recherche, la publication, la formation et l’éducation à la paix. Nous essayons de mettre en place des mesures destinées à concilier les actions des pouvoirs publics et de la société civile en faveur de la bonne gouvernance et la paix durable au Togo ;  inciter les jeunes à participer à des missions de paix, les sensibiliser à la citoyenneté et nous faisons aussi des plaidoyers auprès des autorités publiques pour la gouvernance démocratique des institutions.

Le CGDPC privilégie l’approche Think Tank sur les questions qu’il aborde, cela suppose de faire une lecture scientifique du jeu politique, dénoncer les dérives des acteurs et faire des recommandations qui seront au service de l’intérêt général. 

  • Quand on jette un coup d’œil sur la constitution du CGDPC et même de ses premiers responsables, un constat frappe à l’œil : tous (ou du moins la grande majorité) sont des juristes. Est-ce un creuset de réflexions exclusivement juridiques ?

Il est bien vrai que la majorité des membres sont des juristes de formation, intervenant dans plusieurs domaines variés ; cela est dû au fait que les demandes d’adhésion qui nous parviennent sont pour la plupart adressées par des juristes qui ont la même vision que le Centre.

Néanmoins nous comptons parmi nos membres, des sociologues, des gestionnaires de projet, des journalistes et des comptables. Nous avons plusieurs domaines d’intervention autres que le juridique et à ce titre une diversité des compétences serait un atout pour l’efficacité de nos actions sur le terrain.

Je tiens à préciser que peu importe votre domaine de formation ou d’intervention professionnelle, le CGDPC reste ouvert à toute demande d’adhésion pourvu que l’intéressé puisse apporter sa pierre à l’édifice de la démocratie et de bonne gouvernance au Togo et en Afrique.

  • Parlons à présent de la situation sociopolitique que connaît le Togo depuis plusieurs mois déjà. Après près de six mois de manifestations, le dialogue tant espéré a commencé et l’on s’attendait enfin à la fumée blanche. Depuis près de deux semaines déjà, ce dialogue connaît un blocage et la coalition relance les manifestations. Pendant ce temps le front social est aussi en ébullition avec des grèves toutes les semaines dans les deux secteurs cruciaux pour une société humaine: la sante et l’éducation. Quelle lecture faites-vous au niveau du CGDPC de cette crise ?

La crise politique togolaise ne date pas d’il y a 6 mois, la situation que nous vivons aujourd’hui était prévisible et n’est qu’une conséquence du refus de la mise en œuvre des recommandations de l’accord politique global de 2006.

Je pense que le vrai dialogue n’a pas encore commencé car les vraies questions n’ont pas encore été abordées notamment les questions sur les réformes constitutionnelles et institutionnelles avec le retour à la Constitution de 1992. Le blocage auquel on a assisté à la deuxième journée du dialogue concerne l’éventualité de la candidature de Faure aux élections présidentielles prochaines de 2020 mais là encore il faut attendre les vrais débats avant de se prononcer.

Il est vrai que les revendications de la coalition de l’opposition dénotent d’un grand malaise socio-politique face à une dictature cinquantenaire. Au même moment, la Constitution actuelle ne limite pas le mandat présidentiel et le parti au pouvoir compte bien en profiter.

Par ailleurs, les positions se radicalisent et on peut relever qu’aucun bord politique ne voudrait réellement de ce dialogue, la preuve c’est que certains leaders de l’opposition ont ouvertement exprimé leur perfidie en ce qui concerne le déroulement et l’issue du dialogue et menacent déjà de reprendre les manifestations de rue alors que le pouvoir en place continue unilatéralement les préparatifs des prochaines élections législatives. Ainsi chacun allait à ce dialogue à cause de la pression internationale et aussi pour se dédouaner des responsabilités de la persistance de la crise que traverse le Togo.

Toutefois, nous pensons que le facilitateur est assez confiant pour un dénouement et nous espérons qu’il saura faire entendre raison aux protagonistes pour que ce dialogue enclenché puisse apporter des solutions idoines aux différents points inscrits à l’ordre du jour afin qu’on enterre cette crise qui n’a fait que trop durer. Quelles que soient les solutions à apporter, il faut que le Togo tout entier en sorte gagnant.

En ce qui concerne le front social, le gouvernement fait preuve d’irresponsabilité politique !  Je pense que ça fait plusieurs années déjà que dans le secteur de l’éducation, nous assistons à une crise qui tarde à trouver une solution idoine. C’est aussi le cas dans les autres secteurs comme la santé.  L’année passée pour le secteur de l’éducation,  le gouvernement avait mis en place un groupe de travail composé des fédérations de l’éducation, des partenaires et du gouvernement. Mais malgré cela la solution tarde à venir et on a l’impression que le gouvernement joue une fois encore avec les enseignants alors qu’il lui suffisait`de rassurer ces derniers et trouver un terrain d’entente avec eux par rapport à leurs revendication.

Le même constat est fait avec l’entrée en grève des agents de la santé qui ne font pas de revendications salariales mais demandent plus de moyens techniques et matériels afin d’éviter que nos hôpitaux ne ressemblent plus à des mouroirs avec peu de personnel soignant.

L’ébullition du front social ne présage rien de bon car la révolution togolaise peut aussi partir de là. Le gouvernement togolais a une obligation de résultat dans ces deux secteurs afin de soulager les populations qui n’en peuvent plus de souffrir. 

  • Quelles pistes de solution proposez-vous ?

La crise que traverse le Togo est une crise politique. Par conséquent, il faut au-delà de tout, une solution politique. Au Togo, il s’agit outre du malaise social, d’un problème d’alternance au sommet de l’Etat et de la nécessité d’une bonne gouvernance des affaires publiques. D’abord, le compte cumulé du règne de Faure Gnassingbé et de son père est illogique et semble un affront au peuple. Voilà entre autres, des raisons qui militent en faveur du départ de Faure en 2020 s’il veut faire preuve de responsabilité intellectuelle. Cette question doit faire l’objet d’une négociation entre les parties. Et l’idéal serait que le chef de l’Etat accepte déposer le tablier. Une fois la solution politique trouvée, on pourra, en ce moment, la transposer en règle juridique et prévoir ses effets.

Ensuite en ce qui concerne les réformes constitutionnelles et institutionnelles, la dynamique d’une nouvelle constitution reste la meilleure option pour le Togo, car la constitution de 1992 ne règlera pas tous les défis actuels, mais là également, les solutions doivent être proposées de façon consensuelle. Cette nouvelle Constitution pourra sacraliser l’existence de la CENI et prévoir une composition équilibrée de la Cour Constitutionnelle.

  • Nous sommes en fin d’entretien. Un mot à l’égard de nos lecteurs.

D’abord, mes remerciements vont à votre équipe pour l’opportunité que vous me donnez de parler de notre Centre qui se veut à dimension communautaire. Et nous pensons, dans les mois à venir, mettre en place des antennes dans certains pays africains pour élargir notre champ d’action et aider les populations africaines dans la quête quotidienne d’un Etat de Droit et d’une bonne gouvernance des deniers publics. Ensuite, nous saluons vos lecteurs pour leur fidélité et nous profitons de cette occasion pour lancer un appel à toute bonne volonté désireuse de nous soutenir ou nous encourager d’une manière ou d’une autre dans la noble tâche d’éveil des consciences. Nos activités peuvent être suivies sur le www.cgdpc.org

Interview réalisée à Lomé pour Soleil fm par Arafat DJAONA.

Source : http://soleilfmguinee.net/32993-2/ du 21/03/2018

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *